Rendez vous avec la peur




Lundi 15 juin j’ai assisté en avant première à un documentaire destiné à Ciné-Classic sur le cinéaste d’origine Française (mais qui a tourné aux USA) Jacques Tourneur. Ce cinéaste discret est surtout connu par les amateurs de fantastique pour ses films comme « la Féline » (Cat people), « L’homme léopard » (Leopard man), « Vaudou » (I walked with a zombie) et « Rendez vous avec la peur » (Curse of the Demon »).  Je dois beaucoup à dernier film lorsque j’ai réalisé, en 1989, « la Malédiction des Plumes », même s’il s’agissait d’un documentaire. En effet le noir et blanc, l’importance de l’obscurité et des éclairages sont les piliers du fantastique chez Tourneur (A tel point d’ailleurs que le réalisateur du documentaire pour Ciné-Classic a tourné son film en noir et blanc). Le thème de la sorcellerie présent dans le film de Tourneur fut également une source d’inspiration pour moi, notamment concernant l’atmosphère, les livres interdits, les menaces des jeteurs de sorts … C’est pour moi une sorte de film culte. Tourneur ne tranche pas à la fin de l’histoire : peut être que la sorcellerie existe … Qui sait ? Peut être ne faut-il pas savoir …

J’ai dû batailler à l’époque pour tourner en noir et blanc. On était en pellicule 16mm. Canal Plus n’en voulait pas … Arte, à peine. On était même à deux doigts de me faire tourner en couleurs et en vidéo (le bétacam SP de l’époque !). Heureusement j’ai tenu bon, soutenu par l’INA, même si j’ai été un peu puni par la suite : le film fut diffusé nuitamment par Canal Plus ! (mais vraiment nuitamment, après minuit !). Mais pour un film de ce genre … ce n’est pas un gros problème.  Cela va même de soi …
Internet lui permet d’ailleurs de poursuivre une petite carrière 26 ans plus tard : j’ai été contacté par deux jeunes réalisatrices pour commenter une projection de ce film à St Ouen. Ces deux réalisatrices préparent elles-mêmes un documentaire sur la sorcellerie en Bretagne. Souhaitons leur bonne chance ! Ce n’est pas un sujet commode à traiter si l’on ne veut pas tomber dans le grand guignol genre Paris-Match ou VSD avec une ambiance fantastique à deux sous. Là, la culture cinématographique et la fiction peuvent aider (voir les films de Tourneur, donc !). Ensuite comment l’on se positionne par rapport au sujet est une importante question. Selon Jeanne Favret-Saada, dans son récit éthnographique « Des mots, des morts, des sorts » l’enquêteur ne tient pas longtemps la position neutre qu’il souhaiterait garder. Soit il est un guérisseur vis à vis des envoûtés, soit il est une future victime. On se trouve impliqué dans la croyance. J’ai vécu cela et des nerfs solides furent bien utiles lorsque je réalisais ce film à 24 ans.

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