Antonioni c'est fantastique

 

Attention, grand écart ! J’aime autant les dinosaures de Spielberg que les films d’Antonioni.

 

A mon avis, quel que soit le cinéma que l’on pratique, comique, réaliste, fantastique … regarder et apprécier les films d’Antonioni ne peut que faire du bien (artistiquement). A prescrire à tout cinéaste. On en sort grandi, tant l’on sent que ces films sont « mis en scène ». Pas de captation paresseuse dans ces films, ni d’esbroufe technique (ou bien celle-ci est tellement intégrée au récit qu’elle en devient invisible : le travelling final de « Profession reporter »)

 

La première fois que j’ai un film d’Antonioni, « l’Avventura » cela m’a presque mis en colère, tellement je m’étais ennuyé. J’avais 17 ans et c’était au ciné-club du lycée. A 17 ans, à moins d’avoir une maturité exceptionnelle, comment peut-on comprendre les problèmatiques du couple. Même si j’avais « détesté » le film, sur le moment, il m’était toujours resté en tête. Et bien sûr je l’ai revu par la suite de nombreuses fois. J’ai même regardé et collectionné en dvd tous les films d’Antonioni. (Si bien que j’ai maintenant pour axiome : quand un film provoque chez moi un tel rejet … c’est qu’il s’agit certainement d’un film important … et je l’adorerai par la suite).

Antonioni nous fait partager un autre temps qui n’est certainement pas celui du suspens, de la dramaturgie classique.

 

Ce qui me plaît aussi chez lui – à cause de ce temps suspendu, mais aussi de la parole suspendue, de l’action suspendue – c’est le mystère qui en découle. Ses films sont mystérieux. Plus mystérieux que fantastiques probablement, mais si la définition du fantastique c’est le doute, l’ambiguïté, alors son cinéma est aussi fantastique. Qu’est devenue la femme disparue de « l’Avventura » ? De quoi est mort Nicholson dans « Profession reporter » ?

 

L’exposition à la cinémathèque de Paris consacrée à l’œuvre d’Antonioni (jusq’au 19 juillet) est très réussie. Elle s’organise selon les « périodes » du cinéaste  et constitue une introduction claire et thématique à son cinéma. A nous de voir/revoir les films dont quelques extraits tournent en boucle ici et là. Quelques documents touchants : les albums photos du cinéaste qui collectionnait depuis sa jeunesse les photos d’actrices et d’acteurs du monde entier. Sous vitrine son appareil photo et sa caméra super 8 Beaulieu. Ses tableaux aussi : tout un travail d’agrandissements photographiques (à l’instar du protagoniste de Blow up) d’œuvres peintes abstraites et qui donnent pour résultat des sortes de montagnes fantastiques.

 

Comme cet autre grand cinéaste Stanley Kubrick « qui ne tournait pas histoire de tourner», Antonioni a réalisé peu de films en fin de compte. Une filmographie sous le signe de la qualité.

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