Le serpent et l'arc en ciel

La disparition récente de Wes Craven, considéré comme un des maîtres du film d'horreur (avec John Carpenter) me conduit à évoquer un de ses films relativement méconnu "The Serpent and the rainbow". Ce film est sorti en 1988 en France sous le titre - sans doute plus accrocheur - de "l'Emprise des ténèbres" et l'affiche nous montrait un homme sur le point d'être enterré vivant ... C'est en effet un film de zombis ... qui se passe en Haïti. C'est l'adaptation du livre de l'éthnobiologiste Wade Davis, lequel aurait été missionné en Haîti par un laboratoire américain afin de trouver la composition de la "poudre à zombis". Cette dernière, proprement administrée à un ennemi ... permettait de le plonger dans une sorte d'anesthésie comateuse afin d'en faire un esclave pour travailler dans des plantations ou en usine ! Au préalable, afin de stupéfier la victime, on l'enterrait vivante. Le livre - que j'ai lu - se présente comme une enquête documentaire. A la lecture on se demande si c'est bien le cas, si plusieurs parties (voire le tout) ne sont pas inventées  ... Un autre livre récent, français cette fois, de Philippe Charlier (Zombis) évoque lui aussi la fameuse "poudre à zombis". Donc ... on ne sait plus trop.

Mais revenons au cinéma. Avec son film, Craven a réussi à maintenir cette ambiguïté documentaire/fiction très troublante déjà présente dans le récit. L'enquête du "laborantin chercheur" se déroule en pleine dictature Duvalier et ses sbires, les terribles "tontons macoutes", lesquels ne seraient pas étrangers à la zombification des opposants au régime. Le film a été tourné en partie en Haïti puis compte tenu du contexte politique s'est poursuivi en république Dominicaine. Le style est donc en majeure partie documentaire, c'est la force du film. La dernière partie - la confrontation du chercheur et d'un tonton macoute penche plutôt vers le grand-guignol comme dans les films ultérieurs de Craven (Freddy, Scream ...). C'est un peu dommage mais c'était sans doute un passage obligé pour "vendre le film". En cherchant quelques éléments biographiques de Wes Craven, j'apprends qu'il avait travaillé dans une maison de productions de films documentaires. Il supervisait le département documentaire. Donc ceci explique sans doute cela : "The Serpent and the rainbow" oscille entre les genres.