MOCKY ET LA TOUR EIFFEL

 

 

 

 

Au cours d’une interview radiophonique JP Mocky déclarait ne pas avoir tourné de courts métrages, sauf un seul avec l'INA pour le centenaire de la Tour Eiffel en 1989.

 

 

 

J’ai eu la chance d’être figurant dans ce court métrage et de rencontrer le bonhomme. Pierre Sullice, camarade de promotion de l’Idhec, à la suite de son emploi à l’INA comme assistant sur « la Malédiction des Plumes » avait continué ce travail comme pigiste. L’INA qui produisait des courts métrages pour le centenaire de la Tour Eiffel l’appela pour être l’assistant INA de JP Mocky. Le réalisateur lui demandait notamment d’acheter trois «Tour Eiffel »miniatures de différentes tailles (une grande, une moyenne, une petite) et de venir avec trois figurants. Il me demanda  d’être l’un des trois. Pierre ferait le premier, moi le second et « l’assistant personnel » de Mocky ferait le troisième. Car JP Mocky venait avec son assistant. C’était un grand gars multi-tâches qui était au service du « maître » . Sur le plateau cet assistant dévoué et zélé s’ingéniait à doubler Pierre sur toutes les demandes expresses du « maître ». C’était assez amusant à observer.

 

 

 

Je rejoignis l’équipe un samedi matin grisâtre. JP Mocky était au pied de la Tour, vêtu d’un ciré,  chaussé de bottes en caoutchouc, tenant en laisse son chien Berger Allemand. Je me souviens qu’il parlait de la grippe et qu’elle s’attrapait en serrant les mains des gens  … Une jeune femme très jolie l’accompagnait, c’était l’actrice (toute dévouée également). L’équipe de l’INA était constituée d’un cadreur/chef op, d’un ingénieur du son et de Pierre, assistant. Personne ne connaissait le scénario. Y avait-il un scénario, d’ailleurs ? Je pense que Mocky avait rédigé pour lui-même trois lignes, mais il savait ce qu’il faisait comme nous allons le voir puisque le tournage se fit dans l’ordre chronologique :

 

 

 

Ainsi une jeune femme a passé une annonce dans un journal de rencontres (« l’actrice »). Le lieu de rendez-vous c’était le 2ème étage de la Tour Eiffel. Le candidat devait se reconnaître en tenant une Tour Eiffel miniature entre les mains. Lorsque le jeune femme arrive sur les lieux, il y a trois hommes … chacun avec une Tour Eiffel de tailles différentes … Le jeune femme n’hésite pas longtemps elle part avec celui « qui a la plus grosse » !

 

 

 

L’on tournait « à la Mocky », c'est-à-dire très très rapidement. Les vrais touristes filmés (la Tour restait ouverte) changeaient d’un plan à l’autre si bien que pour les « raccords » quelques problèmes allaient se poser. Mocky s’en fichait. D’ailleurs il s’en amusait : « c’est un film pour l’INA, c’est expérimental, ils aiment ça ! ».

 

 

 

Au deuxième étage de la Tour je fis l’un des trois candidats hommes du scénario. L’assistant personnel de Mocky eut droit à « a plus grosse » Pierre eut la « moyenne » et j’écopai de « la petite » !

 

 

 

Ce qui semblait très foutraque au tournage s’avéra très fluide au montage. Comme je travaillais encore un peu à l’INA j’eus l’occasion de passer dans la salle de montage du court métrage : non seulement l’histoire se tenait mais on ne faisait aucunement attention aux « faux raccords » (de figuration, d’accessoires, de lumière …). Le bonhomme Mocky connaissait son métier, pas de doute !